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Italie-Serbie: le leader des hools arrêté, 19 autres arrestations en Serbie

Après une nuit de violence suite à la non-rencontre, 17 « supporters » serbes ont été arrêtés par les carabiniers, parmi lesquels le leader de la tifoseria, dont la photo, couvert de son passe-montagne, a fait le tour du monde.

 

A la Une de La Repubblica ce matin "La Serbie s'excuse: c'est une honte"

 

Ivan Bogdanov, déjà surnommé Ivan le Terrible par Tuttosport, a été retrouvé dans la soute à bagage du dernier car de supporters prêt à partir pour Belgrade, vers 4 heures du matin. Trahi par ses tatouages, notamment un 1389 sur le bras, le colosse a été interpellé puis menotté avant d’être emmené par les forces de l’ordre.

« Nous avons évité un autre Heysel » indiquait cette nuit un des responsables de la sécurité italien.

D’après les médias serbe, Bogdanov, surnommé Ica, serait l’un des leaders du groupe Ultras Boys de l’Etoile Rouge de Belgrade, un des 14 groupes dont l’ancien procureur Slobodan Radovanovic avait demandé la dissolution devant la Cour Constitutionnelle. Une preuve de plus, s’il en fallait, que Bogdanov était probablement connu des autorités serbes, comme la plupart des leaders des tifoserie. Le ministre de l’intérieur serbe Ivica Dacic a d’ailleurs reconnu jeudi matin à la radio que 169 hooligans connus des services de police serbes se trouvaient parmi les gens présents à Gênes, un chiffre invraisemblable qui pose la question de la responsabilité des autorités et de la fédération serbe.

 

(Blic)

 

C’est d’ailleurs cette question qui faisait le plus parler ce mercredi matin. Le maire de Gènes, Marta Vincenzi, demande ainsi comment tous ces gens, probablement connus des autorités serbes, ont pu se déplacer tranquillement jusqu’en Italie avec des billets pour le match. « Une bande de fous ne peut pas venir et détruire une partie de la ville, ce n’est pas possible, il y a eu des défaillances dans l’identification de ces délinquants. Quelques heures avant le match, ils étaient déjà dans les rues de la ville, ivres, détruisant des vitrines, des murs  de bâtiments anciens. Lorsque j’ai demandé aux forces de l’ordre de faire quelque chose, ils m’ont dit que des agents étaient là et les surveillaient, mais qu’ils étaient incontrôlables, et qu’ils devaient faire en sorte que tout cela ne se termine pas en tragédie. On a donc suivi une ligne molle pour éviter les dégâts » a déploré Me Vincenzi.

De son côté, le président de la fédération serbe de football, Tomislav Karadzic, a exprimé sa conviction que ces hooligans étaient venus en Italie avec un plan, et l’ambition claire de créer des incidents et de faire annuler la rencontre, ce dont témoignent les dizaines de fusées retrouvées dans des sacs dans les cars de supporters. « Le car des joueurs serbes a dû être protégé avec des pistolets par les carabiniers contre nos propres supporters, c’est désolant » a ajouté Karadzic, faisant référence à une fusée lancée contre le car à destination du gardien Vladimir Stojkovic, considéré comme un traitre par les supporters de l’Etoile Rouge de Belgrade, pour être passé du côté du Partizan cet été. Ce dernier a d’ailleurs demandé à ne pas jouer le match après cet incident, et n’est même pas rentré sur le terrain.

On ne peut s’empêcher de penser que ces incidents sont liés à la gay pride, qui s’est tenue à Belgrade ce dimanche avec de nombreux incidents, mais aussi à la prochaine réunion de l’Union Européenne le 25 octobre, qui doit se prononcer sur le statut de candidat de la Serbie à l’adhésion à l’UE. La mouvance d’extrême droite, ultra-nationaliste, anti-parlementaire, structurée en particulier autour des tifosirie de football, aura donc une fois de plus envoyé un message non seulement à son propre Etat, mais aussi aux yeux de l’Europe entière. Un problème dont se fait l’écho le livre édité par le Courrier des Balkans sur l’histoire du sport balkanique, qui accorde une large part à la question du hooliganisme.

La presse serbe annonçait d’ailleurs ce matin, relayant le vice Premier ministre Bozidar Delic, un renforcement de la lutte contre les groupes extrémistes, et une enquête sur le financement du mouvement Obraz, fer de lance de la violence d’extrême droite en Serbie, bien au-delà des terrains de football.

« C’est l’une des journées les plus sombres de l’histoire du football serbe et les répercussions seront probablement si dures qu’on peut considérer que c’en est fini de notre campagne de qualification pour l’Euro 2012« , a déclaré l’ancien international serbe Savo Milosevic à la chaîne de télévision de Belgrade B92. « Le gouvernement s’est totalement désintéressé du sport et de ses problèmes ces vingt dernières années si bien que maintenant, la Serbie paie le prix fort pour n’avoir pas su enrayer le hooliganisme de façon rapide et définitive« , a-t-il ajouté. A ses yeux, « le problème va, bien sûr, au-delà du football et le fait que ces jeunes gens provoquent le chaos où qu’ils aillent est la conséquence et non la cause du problème. »

Ce matin, en Serbie, c’est la tristesse et la honte qui prédominent. Les larmes du capitaine Dejan Stankovic font le tour des télévisions, et les excuses de l’ambassadeur de Serbie en Italie, Sanda Raskovic-Ivic, passent en boucle à la télévision italienne. « Ces criminels ne représentent pas le peuple serbe a-t-elle déclaré. Je veux dire au nom du peuple serbe que je suis désolée de ce qui s’est produit, et que nous avons honte de ce qui s’est passé« .

Pour revenir au sportif, l’Italie gagnera très vraisemblablement ce match 3-0 sur tapis vert. Quant aux sanctions, l’UEFA a indiqué qu’elle se prononcerait lorsque le rapport de son délégué lui serait remis après enquête, c’est-à-dire vers le 28 octobre. On peut néanmoins s’attendre à des sanctions d’une extrême sévérité, allant de matchs disputés à huis clos jusqu’à la disqualification pure et simple de la Serbie de ces éliminatoires. Cela dit, la fédération italienne, responsable de l’organisation du match, risque également des sanctions pour ses manquements. « Au-delà de la responsabilité de ceux qui provoquent l’incident, les règlements de l’UEFA concernent aussi ceux de la Fédération qui organise le match et qui doit garantir la sécurité dans le stade et le déroulement normal de la rencontre« , a expliqué Rob Faulkner, porte-parole de l’UEFA, à l’agence italienne Ansa. Sepp Blatter n’a pas manqué de souligner, depuis Londres, la vétusté des stades italiens comparés aux stades modernes d’Angleterre ou d’Allemagne.

Dans l’hypothèse d’une disqualification, ouvertement évoquée par Michel Platini, il est probable que le capitaine Deja Stankovic, 32 ans, très marqué hier par les évènements, ait joué son dernier match sous les couleurs serbes. Une bien triste fin pour un tel artiste que l’on ne lui souhaite pas. Quant à d’autres cadres tels Vidic, Zigic, Stojkovic, pas sûr qu’ils aient très envie de continuer dans ces conditions.

Quant au derby éternel entre Zvezda et Partizan, qui doit se tenir dans dix jours au Marakana, sa tenue est aujourd’hui remise en cause par Miodrag Jankovic, secrétaire général de la Jelen Superliga, qui pointe la possibilité d’un report devant l’impossibilité d’assurer une parfaite sécurité pour la tenue de l’évènement. Une décision devrait être prise dans les toutes prochaines heures.

Ce jeudi matin, l’agence de presse serbe sportskacentrala annonçait l’arrestation de 19 autres personnes à l’arrivée des premiers cars aux différents postes-frontières de Batrovci, Croatie, et Horgos, Hongrie. Des fouilles minutieuses ont été éffectuées dans tous les cars. Les personnes détenues sont suspectées, d’après les images fournies par la télévision italienne, d’avoir participé aux incidents dans et à l’extérieur du stade.