Archives de Catégorie: hooliganisme

Le procès Taton dans l’impasse

Les parents de Brice Taton attendaient beaucoup de l’audience de lundi où deux témoins serbes devaient venir déposer. L’un d’eux est cependant toujours introuvable comme il y a deux mois, quant à l’autre, témoin protégé sous le nom de A2, il a sensiblement révisé sa version par rapport à ce qu’il avait déclaré à la police.

Depuis son box protégé. A2 ne se souvient plus de rien, bredouille. Lorsque les accusés se lèvent, il n’en reconnait aucun. Il est vrai que sur la trentaine de participants supposés à la bagarre, seuls 13 sont présents sur le banc des accusés, tandis que deux autres sont en fuite.  En tout cas, c’est un nouveau coup dur pour l’accusation qui comptait sur ce témoin pour identifier les accusés. La présidente se fâche, elle se met à lire la déposition qu’A2 avait fait à la police.

Dans celle-ci, il disait être capable d’identifier une des deux personnes qu’il avait vue prendre part à la bagarre, un jeune homme de près de deux mètres, portant des vêtements noirs, qu’il avait déjà vu au stade et à la télévision, dans l’émission Insajder de la chaîne B92 qui avait été consacrée aux hooligans et à la criminalité.

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Le derby de Belgrade sous haute surveillance

Le 139e derby de Belgrade s’est finalement tenu sans aucun incident majeur cet après-midi au stade Marakana. Avec un dispositif de 6000 policiers éparpillés dans toute la ville, le dispositif de sécurité avait été préparé contre toute tentative de débordement de la part des hooligans.

Il est vrai que les supporters du Partizan, outre la rivalité viscérale qui les oppose à ceux de Zvezda,  en veulent à ces derniers de s’en être pris à leur gardien de but Vladimir Stojkovic à Gênes lors de ce trop fameux non-match. A propos, la mère de Ivan Bogdanov a dit que son fils était le fils le plus doux et gentil du monde. Comme quoi…

Comme souvent ces dernières années, on a donc assisté à un match pauvre en qualité, mais avec quelques occasions, avec un but d’entrée du petit portugais Moreira sur une boulette du défenseur, puis un poteau partout, et puis c’est tout. Avec cette victoire sur terrain adverse, comme l’année dernière, le Partizan revient en tête du classement à égalité avec Zvezda (voir la vidéo du résumé).

Finalement, il a fallu attendre la fin du match pour assister à la seule scène intéressante du match, avec le sprint de Vladimir Stojkovic vers le virage Sud, celui des Grobaris, où il a exhibé un T-shirt sur lequelétait écrit « pardonnez-moi pour mon immonde passé« . Une déclaration « à la Fiorèse » comme diraient les supporters parisiens, qui n’a pas manqué de provoquer la colère des Delije qui ont tenté de lui lancer des sièges lorsque Stojkovic regagnait les vestiaires par le tunnel.

provocation ultime pour Stojkovic en fin de match (Blic)

Au final cependant, aucun incident, c’est même d’après les urgentistes le derby le plus calme de ces 20 dernières années en terme d’interventions.

Retrouvez le cahier sport du Courrier des Balkans, recueil d’articles sur l’histoire tourmentée du sport balkanique.

Italie-Serbie: le leader des hools arrêté, 19 autres arrestations en Serbie

Après une nuit de violence suite à la non-rencontre, 17 « supporters » serbes ont été arrêtés par les carabiniers, parmi lesquels le leader de la tifoseria, dont la photo, couvert de son passe-montagne, a fait le tour du monde.

 

A la Une de La Repubblica ce matin "La Serbie s'excuse: c'est une honte"

 

Ivan Bogdanov, déjà surnommé Ivan le Terrible par Tuttosport, a été retrouvé dans la soute à bagage du dernier car de supporters prêt à partir pour Belgrade, vers 4 heures du matin. Trahi par ses tatouages, notamment un 1389 sur le bras, le colosse a été interpellé puis menotté avant d’être emmené par les forces de l’ordre.

« Nous avons évité un autre Heysel » indiquait cette nuit un des responsables de la sécurité italien.

D’après les médias serbe, Bogdanov, surnommé Ica, serait l’un des leaders du groupe Ultras Boys de l’Etoile Rouge de Belgrade, un des 14 groupes dont l’ancien procureur Slobodan Radovanovic avait demandé la dissolution devant la Cour Constitutionnelle. Une preuve de plus, s’il en fallait, que Bogdanov était probablement connu des autorités serbes, comme la plupart des leaders des tifoserie. Le ministre de l’intérieur serbe Ivica Dacic a d’ailleurs reconnu jeudi matin à la radio que 169 hooligans connus des services de police serbes se trouvaient parmi les gens présents à Gênes, un chiffre invraisemblable qui pose la question de la responsabilité des autorités et de la fédération serbe.

 

(Blic)

 

C’est d’ailleurs cette question qui faisait le plus parler ce mercredi matin. Le maire de Gènes, Marta Vincenzi, demande ainsi comment tous ces gens, probablement connus des autorités serbes, ont pu se déplacer tranquillement jusqu’en Italie avec des billets pour le match. « Une bande de fous ne peut pas venir et détruire une partie de la ville, ce n’est pas possible, il y a eu des défaillances dans l’identification de ces délinquants. Quelques heures avant le match, ils étaient déjà dans les rues de la ville, ivres, détruisant des vitrines, des murs  de bâtiments anciens. Lorsque j’ai demandé aux forces de l’ordre de faire quelque chose, ils m’ont dit que des agents étaient là et les surveillaient, mais qu’ils étaient incontrôlables, et qu’ils devaient faire en sorte que tout cela ne se termine pas en tragédie. On a donc suivi une ligne molle pour éviter les dégâts » a déploré Me Vincenzi.

De son côté, le président de la fédération serbe de football, Tomislav Karadzic, a exprimé sa conviction que ces hooligans étaient venus en Italie avec un plan, et l’ambition claire de créer des incidents et de faire annuler la rencontre, ce dont témoignent les dizaines de fusées retrouvées dans des sacs dans les cars de supporters. « Le car des joueurs serbes a dû être protégé avec des pistolets par les carabiniers contre nos propres supporters, c’est désolant » a ajouté Karadzic, faisant référence à une fusée lancée contre le car à destination du gardien Vladimir Stojkovic, considéré comme un traitre par les supporters de l’Etoile Rouge de Belgrade, pour être passé du côté du Partizan cet été. Ce dernier a d’ailleurs demandé à ne pas jouer le match après cet incident, et n’est même pas rentré sur le terrain.

On ne peut s’empêcher de penser que ces incidents sont liés à la gay pride, qui s’est tenue à Belgrade ce dimanche avec de nombreux incidents, mais aussi à la prochaine réunion de l’Union Européenne le 25 octobre, qui doit se prononcer sur le statut de candidat de la Serbie à l’adhésion à l’UE. La mouvance d’extrême droite, ultra-nationaliste, anti-parlementaire, structurée en particulier autour des tifosirie de football, aura donc une fois de plus envoyé un message non seulement à son propre Etat, mais aussi aux yeux de l’Europe entière. Un problème dont se fait l’écho le livre édité par le Courrier des Balkans sur l’histoire du sport balkanique, qui accorde une large part à la question du hooliganisme.

La presse serbe annonçait d’ailleurs ce matin, relayant le vice Premier ministre Bozidar Delic, un renforcement de la lutte contre les groupes extrémistes, et une enquête sur le financement du mouvement Obraz, fer de lance de la violence d’extrême droite en Serbie, bien au-delà des terrains de football.

« C’est l’une des journées les plus sombres de l’histoire du football serbe et les répercussions seront probablement si dures qu’on peut considérer que c’en est fini de notre campagne de qualification pour l’Euro 2012« , a déclaré l’ancien international serbe Savo Milosevic à la chaîne de télévision de Belgrade B92. « Le gouvernement s’est totalement désintéressé du sport et de ses problèmes ces vingt dernières années si bien que maintenant, la Serbie paie le prix fort pour n’avoir pas su enrayer le hooliganisme de façon rapide et définitive« , a-t-il ajouté. A ses yeux, « le problème va, bien sûr, au-delà du football et le fait que ces jeunes gens provoquent le chaos où qu’ils aillent est la conséquence et non la cause du problème. »

Ce matin, en Serbie, c’est la tristesse et la honte qui prédominent. Les larmes du capitaine Dejan Stankovic font le tour des télévisions, et les excuses de l’ambassadeur de Serbie en Italie, Sanda Raskovic-Ivic, passent en boucle à la télévision italienne. « Ces criminels ne représentent pas le peuple serbe a-t-elle déclaré. Je veux dire au nom du peuple serbe que je suis désolée de ce qui s’est produit, et que nous avons honte de ce qui s’est passé« .

Pour revenir au sportif, l’Italie gagnera très vraisemblablement ce match 3-0 sur tapis vert. Quant aux sanctions, l’UEFA a indiqué qu’elle se prononcerait lorsque le rapport de son délégué lui serait remis après enquête, c’est-à-dire vers le 28 octobre. On peut néanmoins s’attendre à des sanctions d’une extrême sévérité, allant de matchs disputés à huis clos jusqu’à la disqualification pure et simple de la Serbie de ces éliminatoires. Cela dit, la fédération italienne, responsable de l’organisation du match, risque également des sanctions pour ses manquements. « Au-delà de la responsabilité de ceux qui provoquent l’incident, les règlements de l’UEFA concernent aussi ceux de la Fédération qui organise le match et qui doit garantir la sécurité dans le stade et le déroulement normal de la rencontre« , a expliqué Rob Faulkner, porte-parole de l’UEFA, à l’agence italienne Ansa. Sepp Blatter n’a pas manqué de souligner, depuis Londres, la vétusté des stades italiens comparés aux stades modernes d’Angleterre ou d’Allemagne.

Dans l’hypothèse d’une disqualification, ouvertement évoquée par Michel Platini, il est probable que le capitaine Deja Stankovic, 32 ans, très marqué hier par les évènements, ait joué son dernier match sous les couleurs serbes. Une bien triste fin pour un tel artiste que l’on ne lui souhaite pas. Quant à d’autres cadres tels Vidic, Zigic, Stojkovic, pas sûr qu’ils aient très envie de continuer dans ces conditions.

Quant au derby éternel entre Zvezda et Partizan, qui doit se tenir dans dix jours au Marakana, sa tenue est aujourd’hui remise en cause par Miodrag Jankovic, secrétaire général de la Jelen Superliga, qui pointe la possibilité d’un report devant l’impossibilité d’assurer une parfaite sécurité pour la tenue de l’évènement. Une décision devrait être prise dans les toutes prochaines heures.

Ce jeudi matin, l’agence de presse serbe sportskacentrala annonçait l’arrestation de 19 autres personnes à l’arrivée des premiers cars aux différents postes-frontières de Batrovci, Croatie, et Horgos, Hongrie. Des fouilles minutieuses ont été éffectuées dans tous les cars. Les personnes détenues sont suspectées, d’après les images fournies par la télévision italienne, d’avoir participé aux incidents dans et à l’extérieur du stade.

Euro 2012: les hooligans serbes gâchent la fête à Gênes

Les incidents en marge de la Gay Pride n’avaient pas suffi pour les hooligans serbes. Ce mardi soir, en marge de la rencontre Italie-Serbie, certains des 1300 « supporters » serbes ont une nouvelle fois fait parler d’eux.

En fin d’après-midi, ils ont commencé par caillasser le bus de leurs propres joueurs, menaçant notamment le gardien Vladimir Stojkovic qui n’a pas pu pénétrer sur le terrain et n’avait pas été aligné ce soir à cause de ces menaces.  Dès leur entrée dans le stade, les hooligans serbes ont multiplié les provocations et des fumigènes ont été lancés vers les tifosi italiens. (comment peut-on rentrer dans un stade avec fumigènes et couteaux?)

Dans le virage serbe, des hommes cagoulés coupent les filets de sécurité, des  banderoles à caractère nationaliste font leur apparition, comme les chants sur le Kosovo, tandis que les forces de l’ordre prenaient position sous le virage. Les appels au calme de Dejan Stankovic n’y ont rien changé.

 

La star de la soirée, bonjour tristesse (Ansa/gazzetta)

 

La partie a commencé avec 35 minutes de retard et a duré à peine 7 minutes avant que plusieurs pétards n’explosent tout près du gardien italien Viviano, et que l’arbitre ne décide de suspendre la rencontre. Après plusieurs minutes de discussion entre les gens de la sécurité, les délégués de l’UEFA et les joueurs serbes, l’arbitre de la rencontre a finalement décidé de mettre un terme à la rencontre.

« Je ne pouvais pas rester dans mes buts et avoir un oeil dans le dos pour vérifier qu’on ne me lançait pas de fusée. Je suis désolé pour le football, désolé pour les tifosi, et désolé pour les joueurs serbes » disait fataliste le gardien Viviano en zone mixte.

La mort dans l’âme, les joueurs italiens ont salué le malheureux public avant de rentrer aux vestiaires du stade Luigi Feraris, où trois joueurs de la Sampdoria se produisaient ce soir, et que la rencontre devait être dédiée aux soldats italiens décédés en Afghanistan.

« On ne peut pas jouer ce match » a répété en direct à la télévision Roberto Masucci, le responsable de la sécurité. Et tandis que les tifosi italiens quittaient dans le calme le stade, les caméras de la Rai restaient sur le virage serbe. A l’image, une jeune fille serbe de 15 ans, qui se demande ce qu’il se passe autour d’elle, et qui ne verra pas le match qu’elle était venue voir, par la faute d’une poignée d’irresponsables.

Quatre jours après une honteuse défaite à domicile contre l’Estonie, il semble que les supporters serbes aient décidé de ne pas laisser une seconde chance à leurs joueurs puisque la Serbie perdra probablement cette partie 3-0 sur tapis vert, rendant la qualification pour l’euro hautement hypothétique pour les Serbes.

Quant aux futures sanctions que l’UEFA prendra contre la Serbie, elles s’annoncent extrêmement sévères. « Le football serbe retourne à l’âge des ténèbres » conclue le journal Blic.

Une plaque à la mémoire de Brice Taton à Belgrade

Un an jour pour jour après l’agression qui a couté la vie au supporter toulousain Brice Taton, une plaque commémorative a été découverte aujourd’hui à Belgrade à l’endroit du drame, par le maire de la ville Dragan Djilas, et l’ambassadeur de France en Serbie, Jean-François Terral.

Sur la plaque est inscrit, en serbe et en français:

A la mémoire de Brice TATON
Il aimait la fraternité du sport.
Victime innocente d’une violence aveugle le 17/09/2009.
Mort le 29/09/2009.

plaque en souvenir de Brice Taton (Fonet)

A l’origine de cette initiative, une alliance composée de plusieurs ONG et jeunes des partis politiques pro-européens actifs en Serbie, nommée « Coalition de la Jeunesse Contre la Violence » ( » Youth coalition against violence  » –  » Koalicija Mladih Protiv Nasilja « ).
La coalition a sa page sur Facebook ainsi qu’un blog, où elle annonce ses actions.
Dirigée par Dusan Zlokolica et formée après le 17 septembre 2009, cette coalition a organisé à l’époque la marche « Stop à la violence » (« Stop nasilju ») à Belgrade à la mémoire de Brice. L’Ambassade de France a également soutenu cette coalition et toutes ses actions.
La Mairie de Belgrade a pour sa part pris en charge le financement de la plaque commémorative. Rappelons que le Maire de Belgrade, M. Dragan Djilas, a été très touché par la mort de Brice Taton, qu’il est allé voir à l’hôpital à plusieurs reprises. »Cette plaque est une façon symbolique de rendre hommage à Brice, à l’endroit même où on l’a sauvagement agressé » a-t-il déclaré.

Au cours de la cérémonie, M. Terral a lu une lettre écrite par les parents de Brice Taton, dans laquelle ils exprimaient leur profonde gratitude à l’égard de tous les Belgradois qui se sont mobilisés pour Brice et contre la violence.

M. Terral s’est déclaré « ému par le soutien » du peuple serbe, « en particulier des jeunes qui nous ont manifesté avec force leur amitié et leur solidarité ».

M. Terral, à gauche, a remercié les Belgradois au nom des parents de Brice Taton (BETA)

L’inauguration de la plaque a été suivie par un nombre important de journalistes et plusieurs citoyens de Belgrade venus rendre hommage au supporteur français.

Rappelons que le procès des assassins présumés de Brice Taton se poursuit toujours. Quatorze accusés et deux personnes en fuite doivent faire face à une accusation de meurtre aggravé et risquent entre 30 et 40 de prison.

Toutefois, la session qui devait avoir lieu au tout début du mois de septembre a été repoussée à début novembre en raison de l’absence de témoins importants, à la grande colère et stupéfaction des parents de Brice Taton, qui avaient fait le déplacement. Selon l’avocat serbe de la famille Taton, ce report pourrait cependant ne pas retarder le verdict, prévu pour la fin de l’année.

Retrouvez le site de l’association Brice Taton

Affaire Brice Taton: le procès a repris à Belgrade

Le procès des assassins de Brice Taton est entré dans sa deuxième phase jeudi dernier, avec l’audition des témoins. Dans les couloirs, caméras, familles et jolies filles au talons hauts se bousculent pour entrer dans la salle d’audience.

Dans cette affaire, la préméditation de l’attaque a déjà été démontrée par la reconstitution des SMS que les agresseurs s’étaient envoyés depuis le matin, à la recherche de jeunes français. L’enjeu est de tenter d’identifier les individus qui ont fait basculer Brice Taton du haut de l’escalier faisant face à l’Irish Pub, lui faisant faire une chute de 10 mètres dans le vide. Pour l’accusation, cet acte dépasse une simple bagarre, même très violente, et est la preuve que des actes visant délibérément à tuer ont eu lieu. C’est sur cette base que les accusés sont inculpés de meurtre aggravé et risquent tous entre 20 et 40 ans de prison.

De son côté, la défense a choisi d’invoquer l’impossibilité d’identifier formellement les responsabilités, et mettent en avant la thèse d’une bagarre entre groupes de supporters ultras qui aurait mal tourné, comme cela arrive fréquemment en Serbie. Enfin, certains avocats de la défense, ainsi que les familles des accusés dénoncent les pressions politiques qui auraient été faites par les gouvernements français et serbe sur le tribunal.

Dans la petite salle d’audience du 1er étage du palais de justice, où ni la climatisation ni les micros ne fonctionnaient vraiment, c’était la première fois que Suzanne et Alain Taton se retrouvaient en face des assassins présumés de leur fils.

Très digne, Suzanne Taton a rappelé les conditions dans lesquelles elle avait appris l’agression de son fils, survenue dans l’après-midi du 17 septembre, jour du match entre le Partizan Belgrade et le TFC. D’abord alertée par la télévision, puis invitée par la gendarmerie à se rapprocher de l’ambassade de France à Belgrade, Me Taton n’a appris que progressivement la réalité de l’état de santé de son fils, transporté et opéré d’urgence à l’hôpital de Belgrade.

« Nous pensions le ramener à la maison. Quand nous l’avons vu à l’hôpital, nous avons eu du mal à le reconnaître tellement son visage était tuméfié.  Nous avons voulu le faire rapatrier mais c’était impossible à cause de son état cérébral, nous avons assistés impuissant à la dégradation irréversible de son état, sans avoir pu lui parler une dernière fois ».

Dans la salle d’audience, les accusés ont le dos vouté, la tête basse et le visage inexpressif. Seul l’un des accusés, Stete Petrovic, qui a reconnu avoir été présent, avoir dérobé un sac à Philippe Maury, l’un des amis de Brice Taton, qui a dénoncé les deux organisateurs (l’un est présent, l’autre est en fuite), mais nie avoir touché Brice Taton, seul Petrovic donc, ne quitte pas des yeux Suzanne Taton.

« Je ne peux pas admettre qu’on puisse mourir comme ça. Mon fils n’a pas été tué, il a été massacré sans raison. Brice était un bon garçon, droit, aimant, qui n’a jamais fait de mal à personne » a-t-elle conclu.

Après les parents de Brice Taton, la Cour devait entendre cinq témoins serbes présents au moment de l’agression, dont deux témoins protégés. Las, seul un témoin protégé s’est présenté, l’autre était absent, tout comme les trois autres parce que les convocations ont été envoyées à de mauvaises adresses. Par conséquent, la séance a été levée. Leurs noms ayant été rendus publics, on ne peut pas non plus exclure qu’ils aient pu faire l’objet de pressions pour garder le silence.

Le lendemain, c’était au tour des amis de Brice Taton, qui faisaient partie du groupe agressé à l’Irish Pub, de déposer à la barre. Toute la matinée, Philippe Maury a raconté leur arrivée à Belgrade la veille, leurs balades au Kalemagdan, puis l’agression, surréaliste moment d’apocalypse.

« D’un seul coup, nous avons entendu crier – Toulouse, Toulouse- et j’ai entendu des verres se briser. Nous avons tenté de fuir, mais j’étais mal placé et les chaises me gênaient. Ils arrivaient de tout les côtés, puis j’ai reçu un violent coup sur la tête avec un objet, et quelqu’un m’a écrasé une chaise dessus. J’ai pu faire quelques pas malgré ma blessure à la tête puis je suis tombé. Ils avaient allumé des fumigènes, on n’y voyait rien.  A ce moment-là, j’ai vu une lumière intense près de mes yeux, et j’ai senti quelque chose me brûler les cheveux et le dos. Quelqu’un était en train de me brûler avec un fumigène, et au même moment, on m’a tiré très violemment sur l’épaule pour me prendre mon sac, je n’ai pas résisté bien longtemps ».

Interrogé sur Brice Taton, Philippe Maury n’a pas eu d’éléments factuels à apporter à la Cour. « Quand je l’ai revu, il était sur un brancard à une dizaine de mètres de moi, il ne pouvait pas parler, il m’a regardé et a fait un geste des mains, l’air de dire – mais qu’est-ce qui s’est passé?-« .

Dans l’après-midi, un autre témoin français, Grégory, a formellement identifié un agresseur, Dejan Stankovic, et les audiences se poursuivront jusqu’à mercredi avec l’audition à huis clos de témoins serbes protégés. Puis viendra une troisième phase, celle de la reconstitution en septembre prochain, et enfin le verdict, attendu pour le dernier trimestre de l’année.

Jovan, Dragan, Ljubomir, Milan, Vladan, Stefan, Bojan, Dejan, Vladimir. Les accusés sont au nombre de douze, dont un comparait libre, pour avoir hébergé l’un des agresseurs présumés. Deux autres accusés sont en fuite, tandis que l’on a renoncé à retrouver d’éventuels autres agresseurs. Huit d’entre eux ont moins de 21 ans, et deux approchent la trentaine. Exceptés ces deux-là qui ont une activité professionnelle, les autres sont lycéens, étudiants, ont des petits boulots et des têtes quelconques. Quelque part, les policiers serbes ont des têtes plus inquiétantes que les leurs. Suzanne Taton disait ne pas comprendre comment de si jeunes gens à l’apparence paisible avaient pu commettre de tels actes de violence et de barbarie.

De façon tragique, tous les gens présents dans la salle, y compris l’auteur de ces lignes, ont pu mettre des visages sur ce qu’Hannah Arendt nommait avec une once de résignation la « banalité du mal ».

(Marija Jankovic / Courrier des Balkans)

Je mets quelques vidéos d’hommage à Brice, notamment le soutien des toulousains, l’hommage rendu par les citoyens belgradois à Brice place de la république, ainsi que le reportage radio réalisé par le Courrier des Balkans à l’époque.

Enfin, l’adresse internet du site de l’association de soutien à la famille de Brice Taton, présidée par Philippe Maury

ps: la séance de ce lundi s’est achevée avec la déposition d’un témoin serbe protégé, qui a témoigné derrière un rideau avec la voix maquillée. Son témoignage est restitué par l’AFP dans cette brève.

France 3 région est également sur place, voici leur dernier sujet.

Le derby éternel de Belgrade

Bonjour à tous,

Coincé entre le match héroique des basketteurs du Partizan en Euroleague, la victoire de l’Etoile Rouge en coupe de Serbie, la finale de Jelena Jankovic à Rome, et la conclusion de l’open de Belgrade, le championnat serbe de football nous offre ce soir le Derby éternel entre le Partizan Belgrade et l’Etoile Rouge de Belgrade.

A l’occasion du match aller en novembre, France 2 était venu faire un reportage sur les hooligans et la violence dans les stades en Serbie à la veille du match retour entre Toulouse et le Partizan Belgrade. On se souvient qu’en septembre lors du match aller à Belgrade, Brice Taton, supporter toulousain avait été sauvagement agressé par des hools du Partizan, et succombera à ses blessures quelques jours plus tard. Par l’intermédiaire du Courrier des Balkans, je leur ai servi de guide pendant le tournage à Belgrade.

Ce sujet est ensuite repassé sur France 24 lors de la séquence focus. Avec mon ami Laurent Rouy, nous sommes intervenus en direct en plus de la rediffusion du sujet.