Coupe du monde 2010: cruel épilogue pour la Slovénie

On aime aussi le football pour ça, pour ces ascenseurs émotionnels qui vous font passer de la joie à la détresse en l’espace d’une seconde, une seconde suffisante pour qu’à des centaines de kilomètres de là, un but soit inscrit,  un but contre lequel on ne peut rien, un but assassin qui signifie sa propre perte.

Depuis 1982 et ce match de la honte anschlussien entre RFA et Autriche qui avait éliminé la valeureuse Algérie, tous les derniers matchs se jouent désormais en même temps, pour le plus grand bonheur des amateurs de scénarii à la Hitchkock.

Avant la dernière journée de ce groupe C totalement indécis, tout le monde pouvait encore se qualifier, et la Slovénie se trouvait en bonne position puisque même une défaite n’était pas rédhibitoire, en fonction du résultat des Américains contre l’Algérie.

En revanche, ça commençait fortement à sentir le moisi pour Fabio Capello et la Perfide Albion, toujours à la recherche d’un succès dans ce groupe qualifié de « facile » il y a 6 mois. Sur la sellette, Capello n’a pourtant pas cédé aux demandes de John Terry de revenir à un 4-2-3-1, et a choisi  d’aligner d’entrée le duo Defoe-Rooney, alimenté par Milner et Gerrard, mettant donc un terme à la plaisanterie Emile Heskey, 56 ans.

Face à des Slovènes qualifiés en cas de match nul, et qui voulaient la revanche d’un match amical très disputé à Wembley il y a quelques mois, la partie s’annonçait difficile. Vêtus d’un superbe maillot rouge identique à celui de 1966, les Anglais rentrent pourtant bien dans la partie et se créent la première occasion du match, histoire de chauffer les gants de l’excellent Handanovic, le portier de l’Udinese.  Les Slovènes réagissent timidement sur coup de pied arrêté, mais il semble évident dans ce match que les Anglais vont pilonner les cages slovènes tandis que Birsa, Dedic et Novakovic vont devoir se débrouiller devant.

Une première fois Defoe butte donc sur Handanovic avant la délivrance, un amour de centre au cordeau dans les 6 mètres, Defoe plus prompt que l’excellent Suler, une volée qui atterrit sur Handanovic qui ne peut pas la repousser. The Three Lions mène au score, et à la faveur du nul des Etats-Unis contre l’Algérie, ils prennent la première place du groupe. Les Slovènes, eux, sont toujours qualifiés avec leurs 4 points.

A la mi-temps, les Américains peuvent regretter la myriade d’occasions vendangées, ainsi qu’un but parfaitement valable, une nouvelle fois refusé, après celui contre la Slovénie, ça commence à faire beaucoup.

En seconde période, les Anglais continuent de presser, et la défense slovène est de plus en plus en difficulté. Defoe marque, mais le but est refusé pour un hors-jeu préalable de Rooney, bien plus en jambe aujourd’hui, que son frère jumeau qui avait joué les deux premiers matchs. Sous son impulsion, Cesar, Brecko, par ailleurs un très bon joueur, et Suler souffrent, plient, mais ne rompent pas, et dans les bois, Handanovic est toujours impeccable.

Birsa envoie un coup-franc dans les bras de James histoire de rigoler, puis de nouvelles vagues rouges déferlent, sans pour autant être décisives. Arrivent les 10 dernières minutes du match, côté slovène, on s’assure que le score est toujours de 0-0 entre les Etats-Unis et l’Algérie. Les choses se présentent donc plutôt bien, et les Slovènes bénéficient même d’une triple occasion avec Novakovic et Radosavljevic, dont les tirs sont contrés in extremis par la défense anglaise, débarrassée de Carragher, l’homme qui devient tout rouge après un sprint.

Finalement, les Anglais se contentent de gérer la fin de partie, et c’est vers le Nelson Mandela Bay Stadium de Port Elizabeth qu’il faut se tourner pour les dernières minutes haletantes du match entre Américains et Algériens. Devant marquer à tout prix, les Yankees se ruent à l’attaque sans réussite. En face, il y a toujours une jambe, une hanche, ou le gardien pour repousser les tentatives, quand ce n’est pas la manchette volontaire de Yahia sur Dempsey (le défenseur sera expulsé en fin de match par erreur, mais son geste sera probablement visionné par la commission de la FIFA).

Dans ces conditions, les Algériens bénéficient de superbes opportunités de contre, le plus souvent très mal négociées, sauf sur cette tête de l’ancêtre Saïfi, dans les gants d’Howard. Sur le renvoi du gardien, les Américains se retrouvent en supériorité numérique dans le camp algérien, une aberration tactique. Donovan sert Altidore sur la droite, celui-ci centre, une première reprise est repoussée par le gardien algérien mais revient sur Donovan qui marque dans le but vide!! On joue la 91e minute, Donovan explose de joie et tout le banc américain lui saute dessus. Par jeu de vase communicantes, un surplus de joie intense entraîne son équivalent en tristesse autre part.  L’arbitre vient de siffler le coup de sifflet final du match entre l’Angleterre et la Slovénie. Quelques secondes avant, les Slovènes finissaient sereinement le match en pensant être qualifiés, au coup de sifflet final, ils apprennent finalement qu’ils sont éliminés. Le football est cruel, cardiaques s’abstenir.

Déception des Slovènes, mais défaite dans la dignité (Tomi Lombar / Delo)

Dans cette affaire, les Anglais ont eu chaud jusqu’au bout, et ils terminent à la seconde place du groupe, ce qui pourraient nous offrir un savoureux Allemagne-Angleterre au prochain tour, à condition que l’Allemagne batte le Ghana ce soir.

Quant aux Américains, ils finissent sur le fil en tête de ce groupe, ayant démontré, après un premier match médiocre, qu’il faudrait compter sur eux. Au prochain tour, ils pourraient affronter le Ghana ou la Serbie.

Un dernier mot sur les Slovènes, ils se sont battus avec leurs armes, la solidarité, l’enthousiasme, l’humilité, c’est déjà avec ces qualités que la Russie, bouffie de suffisance, était tombée dans le piège à Ljubljana lors des barrages. Cette fois, il s’en sera fallu de quelques secondes, mais les Slovènes peuvent être fiers du comportement de leur équipe nationale, contrairement à d’autres (quoi, moi critiquer les Bleus? jamais!).

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Une réponse à “Coupe du monde 2010: cruel épilogue pour la Slovénie

  1. Ma foi, c’est fort intéressant, tout ça, et puis c’est bien expliqué, alors merci. Par ailleurs, tu seras ravi d’apprendre que je n’ai jamais suivi une Coupe du Monde d’aussi près, et que c’est indirectement sous ton influence – c’est dû aussi aux longues soirées en tête à tête avec mon papi.

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