Coupe du monde 2010: les Slovènes assurent, les Serbes se sabordent

A l’époque, une marque de frites surgelées avait pour slogan « c’est ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins ». Parmi les trois équipes balkaniques présentes à la Coupe du monde, il y a ceux qui ont autre chose à penser dans l’immédiat (la Grèce), ceux qui savourent d’être là (la Slovénie), et ceux qui ont l’ambition d’aller loin dans la compétition et ne s’en cachent pas (la Serbie).

Et devinez quelle est la seule équipe à avoir gagné son premier match? La Slovénie bien sûr. Certes, il fallait vraiment être motivé, ou Slovène, ou Algérien, pour rester plus de 20 minutes devant son écran, même le son coupé pour s’épargner les horribles vuvuzelas. Parfois un match qui se déroule au milieu de terrain est tactiquement intéressant. Ici, c’est juste que personne n’était techniquement assez doué pour faire le geste juste, le décalage, le crochet, l’accélération, l’appel, la frappe.

On a donc eu une première mi-temps cadenassée entre une Slovénie aux vertus défensives connues et parfaitement appliquées (avec Cesar en chef d’orchestre, oui, le défenseur de Grenoble), et une Algérie enthousiaste mais limitée et brouillonne, à l’image de Ziani qui aura beaucoup tenté, mais peu réussi. A peine quelques frayeurs de part et d’autre sur coups de pied arrêtés.

Et alors qu’on se dirigeait tout droit vers un bon 0-0 des familles, le gardien algérien Chaouchi a décidé de s’illustrer en laissant passer une frappe anodine du capitaine Robert Koren (voir vidéo). Sans doute inspiré par la cagade de son homologue anglais la veille, Chaouchi condamne les siens à la défaite, aggravée par l’expulsion stupide quelques minutes auparavant de Ghezzal.

Pour la Slovénie, cette victoire heureuse est la première de leur histoire, et elle a été fêtée dignement sur le terrain par les joueurs dont on aurait cru qu’ils avaient gagné le Coupe du monde. Quant au buteur Robert Koren, quelle meilleure façon de se signaler alors qu’il vient de se faire jeter de son club de West Bromwich Albion. Le capitaine slovène ne coûte pas un rond, joue au milieu et peut frapper de loin. Si avec ça, le PSG ne le recrute pas…

foto: Tomi Lombar/Delo

Le calendrier offre aux Slovènes une prochaine confrontation avec les Etats-Unis. Un match nul ne serait pas suffisant puisque les Américains vont battre l’Algérie. Il faudra donc un vainqueur, et celui-ci accompagnera sans doute l’Angleterre au second tour.

Et la Serbie alors? Soyons honnêtes. Sur le papier, cette équipe n’est pas mal du tout. Oui, mais elle a perdu contre la Nouvelle-Zélande. Elle possède cinq joueurs au dessus de 1,90m. Oui, mais elle a pris trois buts de la tête en amical contre le Cameroun. Alors que vaut réellement la Serbie? Est-elle l’équipe qui en a passé 5 à la Roumanie avec une facilité déconcertante, l’équipe qui possède des joueurs de classe mondiale (Vidic, Ivanovic, Stankovic, Krasic), ou bien  l’équipe incapable de surmonter la pression pour battre 10 Français à domicile, incapable de battre une équipe sérieuse depuis… 1990 si l’on considère que la Yougoslavie de 1990 était à majorité serbe et que l’Espagne de 1990 était une équipe sérieuse?

Le résultat, c’est que les Aigles Blancs (Beli Orlovi) ont des ailes de moineau. Face à un Ghana privé d’Essien et Muntari (essayez de faire jouer la Serbie sans Vidic et Stankovic), les hommes d’Antic ont livré une prestation indigne des ambitions qui sont les leurs et qui sont claironnées depuis leur qualification devant la France.

Les Serbes n’ont jamais été capables de jouer sur les ailes, Milos Krasic a été particulièrement catastrophique par ses choix, ses pertes de balle, et cette occasion incroyable manquée à 10 minutes de la fin. Un très mauvais match pour le probable futur joueur de la Juve, alors qu’il devait être le facteur X de cette équipe.

Krasic n' pas passé une seule fois son opposant (photo: Blic)

D’une façon générale, la Serbie n’a jamais été capable d’accélérer en jouant court, ni de jouer long intelligemment sur Zigic. Redoublant les passes au milieu de terrain, il y a eu beaucoup trop de lenteur pour surprendre une équipe ghanéenne qui se regroupait rapidement en défense et avait la capacité de se projeter très vite vers l’avant, ce que les Serbes, en particulier les latéraux Ivanovic et Kolarov n’ont presque pas fait. On va toutefois retenir une excellente combinaison sur coup-franc en première période, vendangée par Pantelic.

Si l’on ajoute à cela l’expulsion idiote de Lukovic pour une faute totalement inutile au milieu de terrain, on se dit que le match nul n’était pas une si mauvaise affaire, même si paradoxalement, c’est à 10 que les Serbes vont avoir les meilleures occasions en quelques minutes avec Krasic, Vidic puis Ivanovic. Avant cela, Zigic avait aussi raté une reprise à 5 mètres toute faite.

Et puis c’est le drame. Comme s’il n’y avait pas eu assez de boulettes de gardien, Kuzmanovic décide d’y aller de sa petite mimine dans la surface pour écarter le danger (à ce propos, la Serbie a battu la France 3 sets à 0 en volley-ball). A ce moment, il y a eu un silence sur Trg Republike, la place centrale de Belgrade. Certains ont vu la main et n’en revenaient pas, les autres se demandaient ce que l’arbitre avait sifflé. Les ralentis ont mis tout le monde d’accord. La main grossière n’a pas échappé à l’oeil de l’homme en noir (n’est pas Thierry Henry qui veut), ce qui a offert un penalty pour le Ghana, à cinq minutes de la fin du match.

Le rennais Gyan prend à contre-pied Stojkovic et offre une très précieuse victoire aux Ghanéens, avant de taper le poteau dans les arrêts de jeu. (voir la vidéo du match en italien dans le texte)

Le match contre le Ghana était celui qui allait décider de qui irait au second tour avec l’Allemagne. Deux ans de qualifications, six mois de préparation, tout ça pour passer au travers le jour J, et pour perdre sur un geste pareil.

Finalement, le seul serbe heureux de tout ça, c’est Milovan Rajevac, le sélectionneur serbe du Ghana. Ironie, quand tu nous tiens…

Avec cette défaite malvenue mais totalement justifiée, la Serbie n’a plus vraiment le choix. Il faudra faire un résultat contre l’Allemagne, qui s’est amusée contre de bien faibles Australiens. Sur ce qu’on a vu dimanche, les Serbes n’ont aucune chance. Mais le football est ainsi fait que chaque match a sa propre vérité. Qui sait? Si chaque joueur évolue à son vrai niveau, l’exploit est toujours possible.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s